Yves Claude Le Vern nous propose un article sur les « bateaux avions », « plis déposés à bord de bureaux maritimes flottants et qui, à l’occasion d’une escale, ont pu, moyennant une surtaxe, accomplir le reste du voyage vers leurs destinations en empruntant la voie aérienne. »

Ce néologisme a été crée par le docteur Joanny pour désigner (c’est la définition reconnue) « des plis déposés à bord de bureaux maritimes flottants et qui, à l’occasion d’une escale, ont pu, moyennant une surtaxe, accomplir le reste du voyage vers leurs destinations en empruntant la voie aérienne. »
Cette pratique, qui raccourcissait le délai d’acheminement du courrier, a été officialisée par le décret du 8 juin 1934 (il existe donc des précurseurs).
Ce sont donc des plis (ou autres A.O.) qui portent :
1. une oblitération maritime-octogonale
2. la mention « PAR AVION »
Dans la couronne de l’octogone le nom de la ligne suivi du numéro de la brigade embarquée. La date au centre donne le nom de l’escale (déduite grâce au tableau de marche des navires). Les plus fréquemment rencontrés sont ceux des grandes lignes :
Marseille à Kobé et retour
Marseille à La Réunion et retour.
Mais existent aussi les lignes de l’Atlantique NORD, des Caraïbes et de l’Atlantique SUD.
Ces services ont existés jusqu’a fin 1940 (guerre). Il est donc possible de rencontrer tous les tarifs postaux de la lettre de cette époque : 50c, 65c, 90c, 1F comme tarif de base auquel vient s’ajouter la taxe vers l’ étranger et la surtaxe aérienne ,déterminée par décrets successifs.
Par extension, il est possible de joindre les plis maritimes issus de bâtiments sans agence postale embarquée. Les plis déposés à bord étant remis au port d’escale mais, dans ce cas, affranchis par des timbres locaux.
Dispositions qui touchent surtout les lignes desservant l’Afrique Occidentale mais rencontrées ailleurs sur des liaisons dans le Pacifique .
LES TARIFS BATEAUX AVIONS
Les bureaux flottants ont été créés pas un ordre de service du 7/12/27, à titre d’essais mais c’est le décret du 8/06/34 qui les officialise.
En France, les tarifs pour la LSI :
| 50 c | Jusqu’au 12/07/37 |
| 65 c | Jusqu’au 17/11/38 |
| 90 c | Jusqu’au 01/12/39 |
| 1 F | Par la suite |
Pour les bureaux flottants, ce sont les décrets successifs des
08/06/34
02/12/35
01/09/36
01/05/39
qui fixent les surtaxes aériennes à percevoir en fonction des escales et de la destination.
Pour les lignes sans agence postale embarquée, ce sont les taxes appliquées de la France vers le pays où les plis ont été déposés, plis très souvent porteurs de timbres locaux et oblitérés par le cachet administratif du bâtiment.

LIGNES D’EXTREME ORIENT
MARSEILLE à KOBE ou retour
exploitée par les MESSAGERIES MARITIMES
avec les escales de :
PORT SAÏD, DJIBOUTI,COLOMBO,SINGAPOUR,SAÏGON,
HONG KONG,SHANGAÏ et KOBE.
PAQUEBOTS avec agence postale embarquée :
ANDRÉ LEBON,PORTHOS, SPHINX, AMBOISE, ANGERS, GENERAL METZINGER, AZAY le RIDEAU, BERNARDIN de SAINT PIERRE, CHANTILLY, CHENONCEAUX, COMPIEGNE, ATHOS II, ARAMIS, D’ARTAGNAN, JEAN LABORDE, EXPLORATEUR GRANDIDIER, FELIX ROUSSEL, LAMARTINE, LECOMTE de L’ISLE, MARÉCHAL JOFFRE, PIERRE LOTI, PROVIDENCE, PRESIDENT DOUMER , VILLE D’AMIENS, VILLE DE VERDUN, ERIDAN.
PAQUEBOTS sans agence postale embarquée desservant :
ADEN, COLOMBO, MADRAS, PONDICHERY, SINGAPOUR, SAÏGON, TOURANE, HAÏPHONG.
La ligne MARSEILLE -SAÏGON
exploitée par les CHARGEURS RÉUNIS sans agence postale embarquée desservait :
PORT SAÏD, DJIBOUTI, COLOMBO, SINGAPOUR,
avec LES PAQUEBOTS CAP SAINT JACQUES, CAP PADARAN, CAP VARELLA, CAP TOURANE. occasionnellement DÉSIRADE et KERGUELEN.
bibliographie
les bateaux - avions - documents philatéliques
la poste maritime de monsieur SALLES ( tome 1 à 9)
les surtaxes aériennes du dr JOANY monde des philatélistes n° 166
LIGNE DE L’AFRIQUE ORIENTALE
MARSEILLE à LA REUNION
Exploitée par les Messageries Maritimes
Desservant : PORT SAID, SUEZ , DJIBOUTI, MOMBASSA,ZANZIBAR, DAR es SALAM, MAJUNGA , MAYOTTE, DIEGO SUAREZ, TAMATAVE, PORT des GALETS (REUNION) et PORT LOUIS (MAURICE) au retour BEYROUTH.
Une ligne aérienne britannique parallèle LONDRES - LE CAP utilisant les navires suivants avec des bureaux flottants : AMBOISE, ANGERS, AZAY-le-RIDEAU, GENERAL METZINGER, BERNARDIN de SAINT PIERRE, CHANTILLY, CHENONCEAUX, COMPIEGNE, Explorateur GRAND-DIDIER, JEAN LABORDE, LECONTE DE LISLE, MARECHAL JOFFRE, PORTHOS, Président DOUMER ;
Exceptionnellement :
Ville de STRASBOURG, Ville de VERDUN, Commissaire RAMEL.
Oblitérations octogonales de types variés avec, dans la couronne, MARSEILLE A LA REUNION
et le N° de brigade ( de 1 à 8 ).
Il est possible de rencontrer une grande griffe linéaire PAQUEBOT sur les plis originaires de TAMATAVE.
N.B. les 2 derniers voyages de retour, en mai 1940 pour le PORTHOS et septembre 1940 pour le LECONTE de LISLE, passèrent par LE CAP.
LIGNES DE L’AFRIQUE OCCIDENTALE
beaucoup plus complexe que les précédentes :
La S.G.T.M. (Société Générale de Transport Maritime à vapeur) exploitait une ligne MARSEILLE à BUENOS AIRES avec une escale à DAKAR avec 4 bâtiments :
ALSINA, CAMPAMA FLORIDA MENDOZA.
Sans agence postale embarquée et utilisant donc les cachets administratifs du bord ou des marques linéaires.
La Compagnie des Chargeurs Réunis assurait une ligne BORDEAUX à POINTE NOIRE avec les escales de MADERE, DAKAR, CONAKRY, SASSANDRA, PORT BOUET, (GRAND BASSAM), LOME, COTONOU, DOUALA, LIBREVILLE, PORT GENTIL avec les paquebots suivants :
BRAZZA, FOUCAULD, ASIE, AMERIQUE et, rarement, KERGUELEN, JAMAIQUE LIPARI.
Sans agence postale donc cachets administratifs.
La compagnie PAQUET exploitait une ligne MARSEILLE à DAKAR (escales TANGER, CASABLANCA) avec : Maréchal LYEUTEY, MEDIE II, CHELLA, KOUTOUBIA, IREMETHIE II.
sans agences postales.
La compagnie FABRE et FRAYSSINET exploitait deux lignes :
1. MARSEILLE à BENTY escales DAKAR, SASSANDRA, PORT-BOUET et BENTY et retour avec EGYPTIAN, REEFER, CAP des PALMES, EDEA, TAMARA, BENTY, Victor SCHOELCHER.
2. MARSEILLE à POINTE NOIRE avec comme escales : ALGER, CASABLANCA, DAKAR, CONAKRY, TABOU, PORT BOUET, ACCRA, LOME, COTONOU, DOUALA, LIBREVILLE, PORT GENTIL. Au retour et selon les voyages, des escales variables.
La ligne était assurée par les paquebots suivants : BANFORA, CANADA, HOGGAR, TOUAREG.
Sans agences postales
Donc tous les plis des lignes de l’Afrique Occidentale ont des cachets administratifs ou linéaires d’escales.
LIGNE ATLANTIQUE NORD
Une seule compagnie Française desservant :
LE HAVRE, PLYMOUTH, NEW YORK avec les bateaux les plus prestigieux de l’époque : LA SAVOIE, SUFFREN, ROCHAMBEAU, PARIS DE GRASSE, ILE-DE-FRANCE, CHAMPLAIN.
Tous dotés d’un bureau flottant jusqu’ en 1926, date à laquelle ils furent supprimés sur LA SAVOIE, SUFFREN, ROCHAMBEAU, DE GRASSE (transformés en classe unique)
Cette ligne de prestige a présenté des particularités importantes : outre les trajets habituels
1. ce sont les catapultes de l’ILE-DE-France (auxquelles un prochain chapitre sera consacré)
2. La croisière inaugurale du NORMANDIE en 1935
les croisières en 1938 et 1939, du NORMANDIE vers RIO DE.JANEIRO (qui ont données lieu à des tarifs particuliers )
LIGNE DES CARAIBES
Très complexes car au nombre de quatre ; toutes exploitées par la Compagnie Générale Transatlantique et avec, ou sans, agence postale embarquées :
LE HAVRE à COLON avec comme bâtiments : CUBA, FLANDRE, COLOMBIE.
desservant Pointe à Pitre, Fort de France, Port of Spain, La Guayra , Curaçao, Puerto Colombia, Carthagène pour arriver à Colon (Cristobal)
BORDEAUX à COLON avec DE LA SALLE et BRETAGNE.
arrivée à Fort de France et continuait vers Cayenne avec le DUC D’AUMALE
BORDEAUX à HAITI avec ST DOMINGUE, MACORIS, CARRIMARE et escales à Pointe à Pitre, Fort de France enfin Port au PRINCE
SAINT NAZAIRE à VERA CRUZ avec divers paquebots dont WINNIPEG, MEXIQUE.
Cette ligne desservait des escales en Espagne et La Havane.
Plis portant un timbre à date octogonal avec numéro de la brigade ou hexagonal ou cachets administratifs.
Yves-Claude Le Vern
Quelques photos pour illustrer cet article